Chapitre 9 Zones clés pour la biodiversité
9.2 Méthodologie
La méthodologie d’identification et de délimitation des KBA d’eau douce mondiales en Afrique occidentale a suivi le nouveau Standard mondial d’identification des Zones clés pour la biodiversité (UICN, 2016). Ici, nous décrivons ici brièvement les critères et les seuils des KBA (partie 9.2.1), nous décrivons ensuite comment ils ont été appliqués pour valider les KBA d’eau douce du CEPF en Afrique occidentale (partie 9.2.2), d’abord par une analyse documentaire (partie 9.2.2.1), puis par des ateliers de consultation des parties prenantes (partie 9.2.2.2).
9.2.1 Critères et seuils KBA
Les critères énoncés dans le Standard mondial KBA (UICN, 2016) fournissent des seuils quantitatifs pour identifier les sites qui contribuent de manière significative à la persistance de la biodiversité mondiale (1). Les critères de haut niveau sont conçus pour capturer les sites d’importance pour : A) la biodiversité menacée ; B) la biodiversité géographiquement restreinte ; C) l’intégrité écologique ; D) les processus biologiques ; et E) l’irremplaçabilité par l’analyse quantitative.
Les sites identifiés comme des KBA potentielles devraient idéalement être évalués en fonction de tous les critères. Bien que tous ces critères ne soient pas applicables ou pertinents pour les groupes taxonomiques d’eau douce examinés lors de l’atelier (par exemple, tous les groupes taxonomiques n’ont pas des espèces qui forment des agrégations), il suffit de satisfaire à l’un des critères (ou sous-critères) pour qu’un site soit considéré comme une KBA. Les espèces répondant aux seuils et aux critères KBA sont définies comme des espèces déclencheurs KBA. Les critères KBA C, D et E n’ont pas été utilisés ici en raison d’un manque de données appropriées. Les critères et les seuils utilisés dans ce projet sont résumés dans le tableau 9.1.
En plus de ces critères et seuils techniques, le Standard mondial KBA précise que les KBA doivent être des unités
« potentiellement gérables ». Elles peuvent être délimitées de manière à « adopter » des unités de gestion existantes telles que des aires protégées ou des aires conservées par les communautés, ou encore à tenir compte des régimes fonciers légaux et coutumiers. En outre, les KBA ne peuvent pas se chevaucher. Lorsqu’une nouvelle KBA est identifiée et qu’elle chevauche une autre existante, les promoteurs de la nouvelle KBA ont trois options :
a) Adopter les limites existantes de la KBA ;
b) Proposer une KBA adjacente qui ne chevauche pas la celle existante ;
c) Proposer une extension des limites de la KBA existante, afin d’intégrer le nouvel élément de biodiversité.
Tableau 9.1 Résumé des critères et des seuils des KBA A et B, modifié d’après UICN (2016).
Critère KBA Élément de biodiversité sur le site
% de la population
(c) Espèces CR ou EN menacées uniquement en raison d’une
réduction de la population dans le passé ou le présent. ≥0.1% ≥5 (d) Espèces VU menacées uniquement en raison d’une réduction
de la population dans le passé ou le présent. ≥0.2% ≥10
(e) Espèces CR ou EN Entire global population
size
B.Biodiversité géographiquement restreinte
B1. B1. Espèces individuelles
géographiquement restreintes Toute espèce ≥10% ≥10
B2. B2. Espèces concomitantes géographiquement restreintes
Espèces à distribution restreinte : ≥2 espèces OU 0,02 % du nombre total d’espèces dans un groupe taxonomique, le nombre
le plus élevé étant à retenir. ≥1% –
B3. Assemblages
géographiquement restreints
(a) ≥5 espèces restreintes au niveau de l’écorégion OU 10 % des espèces restreintes à l’écorégion, le chiffre le plus élevé étant à
retenir. ≥0.5% –
(b) ≥5 espèces limitées au niveau de la biorégion OU 30 % des espèces connues restreintes au niveau national, selon le nombre
le plus grand. – –
(c) Une partie des 5 % les plus importants de l’habitat occupé au niveau mondial de chacune des ≥5 espèces dans un groupe
taxonomique. – –
Dans tous les cas, il est recommandé d’informer les auteurs des propositions de KBA existantes du nouvel élément de biodiversité, et une consultation est nécessaire avant de procéder à toute modification des limites des KBA existantes (option c).
9.2.2 Validation des KBA d’eau douce
Il y a 13 KBA d’eau douce proposées dans le profil d’écosystème des forêts guinéennes d’Afrique occidentale (GFWA) (CEPF, 2015), couvrant un éventail de pays dans les forêts de Haute et de Basse Guinée. Ces sites ont été identifiés par le profil d’écosystème comme étant les plus critiques pour la biodiversité d’eau douce dans le hotspot de la biodiversité du GFWA. Ils ont été identifiés avant la publication du Standard mondial KBA (UICN, 2016), délimités selon les grands bassins fluviaux, et ne sont pas considérés comme des sites « gérables ». Ici, nous réévaluons ces sites en fonction du Standard mondial KBA.
Nous avons tout d’abord exploité les évaluations mises à jour de la Liste rouge, évoquées dans les chapitres 3 à 7, dans le cadre d’une analyse documentaire pour passer en revue les KBA d’eau douce du CEPF et d’autres sites potentiels en Afrique occidentale en fonction du critère KBA A sur la biodiversité menacée, et du critère B sur la biodiversité géographiquement restreinte. Nous avons ensuite organisé des ateliers de consultation des acteurs dans six pays afin d’évaluer la possibilité de gérer et de délimiter ces sites par rapport aux lois locales et nationales, aux juridictions et aux autres zones désignées telles que les zones protégées existantes et les KBA.
Figure 9.1 Schéma du processus de proposition de KBA, modifié d’après le Secrétariat KBA (2019).
9.2.2.1 Analyse documentaire
Une analyse documentaire a été effectuée à l’aide des données recueillies dans le cadre des évaluations de la Liste rouge de l’UICN pour les groupes taxonomiques d’eau douce suivants : i) poissons, ii) mollusques, iii) odonates (libellules et demoiselles), iv) crabes et crevettes, et v) plantes aquatiques (chapitres 3–7). Les jeux de données collectés comprennent les informations requises sur les aires de répartition des espèces et leurs catégories de risque d’extinction telles que publiées sur la Liste rouge de l’UICN. Les étapes de l’analyse sont les suivantes :
a. Assembler des jeux de données spatiales de :
i) Cartes de distribution de la Liste rouge des espèces pour les poissons d’eau douce, les mollusques, les odonates, les crabes et les écrevisses, et les plantes aquatiques;
ii) Limites des KBA et des zones protégées existantes.
Il convient de noter que la délimitation des KBA est un processus itératif conduisant à la révision et à la mise à jour des KBA existantes, le cas échéant, par l’utilisation des meilleures données récentes disponibles, au fur et à mesure qu’elles sont disponibles (UICN, 2016). Les évaluations de la Liste rouge des espèces employées ici ont été réalisées en 2018-2020 dans le cadre de la première composante du projet (voir chapitres 2-7), afin de s’assurer que les données sont liées à une source fiable et suffisamment récentes (et mises à jour) pour s’assurer que les éléments de biodiversité sont encore présents sur les sites.
b. Déterminer les limites du site proposé sur la base des données biologiques. En utilisant les cartes de distribution des espèces assemblées à l’étape 1a ci-dessus, tous les sous-bassins versants de rivières/lacs en Afrique occidentale qui contiennent des espèces potentiellement déclencheuses de la KBA ont été identifiés sur la base des interparties des sous-bassins versants avec les aires de répartition cartographiées des espèces. Les sous-bassins hydrographiques ont été délimités selon la couche de données spatiales appelée HydroBASINS (Lehner & Grill, 2013) (voir chapitre 2). La résolution utilisée pour sélectionner les sous-bassins versants abritant des espèces d é c l e n c h e u s e s d e l a K B A é t a i t l e n i v e a u 8 d’HydroBASINS, qui, en Afrique occidentale, délimite des sous-bassins versants d’une superficie médiane de 352 km2, lacs compris. De cette façon, des cartes ont été créées pour montrer le nombre d’espèces potentielles par sous-bassin versant. Des listes d’espèces potentiellement déclencheuses supposées être présentes dans chaque sous-bassin versant ont également été compilées. Ce processus a été réalisé par un tri de tous les sous-bassins versants par rapport à l’ensemble des cartes d’espèces à l’aide d’un script
R (R Core Team, 2020) développé par Konstantina Spiliopoulou (Spiliopoulou, 2021) pour identifier les espèces déclencheuses présentes et les critères déclenchés pour chaque sous-bassin versant (figure 9.2). Au cours de l’analyse, les sites potentiellement qualifiés AZE ont également été identifiés. Ces sites sont des endroits qui contiennent les dernières ou les seules populations d’espèces en danger critique ou en danger au niveau mondial, presque entièrement restreint à ce seul site (Ricketts et al., 2005). La carte des AZE peut être consultée à l’adresse https://www.zeroextinction.org/.
9.2.2.2 Ateliers dédiés à la validation et à la délimitation
Des ateliers ont été organisés pour identifier et délimiter les KBA dans chacun des six pays contenant des KBA d’eau douce dans le profil d’écosystème du CEPF GFWA (CEPF, 2015). Ces ateliers ont été convoqués par l’UICN au cours du premier trimestre de 2021. Chacun des ateliers s’est déroulé en présentiel les pays respectifs, le Programme mondial de l’UICN pour les espèces ayant assuré la formation KBA par visioconférence afin d’éviter les déplacements internationaux pendant la pandémie mondiale de coronavirus. L’UICN a également présenté les KBA potentielles, telles que dérivées de l’analyse de bureau de l’étape 1, pour validation. Les ateliers en Sierra Leone, au Liberia, en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Nigeria ont été animés par le partenaire de BirdLife dans chaque pays, respectivement. Au Cameroun, l’atelier a été facilité par le Bureau régional de l’UICN pour l’Afrique occidentale et centrale.
Les ateliers ont réuni des acteurs de divers secteurs, dont les gouvernements locaux et nationaux, la société civile et le secteur privé. L’objectif des ateliers était de valider les 13 KBA d’eau douce présentées dans le profil d’écosystème du CEPF, d’identifier et de valider toute autre KBA potentielle émergeant de l’analyse documentaire et de délimiter les limites géographiques du site qui sont écologiquement pertinentes et pratiques pour la gestion (UICN, 2016). Il a été demandé aux participants à l’atelier de délimiter KBA selon la procédure suivante :
a. Confirmation de la présence d’espèces déclencheurs de la KBA dans les sous-bassins versants.
b. Délimitation des nouvelles KBAs potentielles : i. des KBA préexistantes ;
ii. des zones protégées ;
iii. des KBA sans chevauchement avec d’autres ou des zones protégées
c. Satisfaire aux exigences minimales de documentation pour chaque KBA
L’u n d e s p r i n c i p a u x r é s u l t a t s d e c e s a t e l i e r s a été la vulgarisation des sites les plus importants pour
Figure 9.3 Sous-bassins versants susceptibles d’abriter des sites AZE, d’après l’interpartie des aires de répartition. Source : Compilée par les auteurs du rapport avec des données de la Liste Rouge de l’UICN (2021).
Figure 9.2 Nombre d’espèces potentiellement déclencheuses de la KBA par sous-bassin versant, en fonction du statut de menace, de la classification taxonomique et de l’interpartie des aires de répartition. Source : Compilé par les auteurs du rapport à partir des données de la Liste rouge de l’UICN (2021).
Figure 9.4 Carte interactive en ligne développée pour identifier et délimiter les KBA d’eau douce lors des ateliers. Source: Compilée par les auteurs du rapport.
la biodiversité d’eau douce en Afrique occidentale. De nombreux participants à l’atelier seront impliqués dans l’établissement de priorités et de politiques nationales de conservation de l’espace, ainsi que dans la réévaluation des KBA existantes et l’identification de nouvelles KBA en Afrique occidentale.