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géopatrimoine dans les aires protégées et conservées

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De nombreuses activités ont un impact sur la surface de la Terre. Hooke (1994) a utilisé les données sur le transport des sédiments naturel et anthropique, et en a conclu que « les humains sont des agents géomorphiques. Ils déplacent des quantités importantes de sols et de roches, et ont un impact visible majeur sur le paysage (...) Les humains sont sans nul doute l’agent géomorphique le plus important façonnant actuellement la surface de la Terre ». Dans cette section, les principales menaces d’origine humaine aux caractéristiques et processus du géopatrimoine sont décrites, et des conseils sont donnés sur la façon dont y faire face. L’analyse des menaces est un élément essentiel du processus de planification de la gestion décrit dans la Section 5.

6.1 Concepts de sensibilité et de vulnérabilité

Une fausse idée très répandue sur le monde naturel est de croire que les plantes et les animaux peuvent être menacés et soumis à de nombreuses menaces, tandis que les roches et les reliefs seraient solides, abondants et donc n’auraient pas besoin d’être protégés. C’est cependant loin d’être le cas. Il y a de nombreuses caractéristiques physiques hautement fragiles et sensibles aux perturbations humaines, comme le montre par exemple la facilité avec laquelle les stalactites que l’on trouve dans les grottes peuvent être détruites, intentionnellement ou accidentellement, par les géotouristes dans les grottes de démonstration. Deux concepts sont ici importants : la sensibilité et la vulnérabilité. La sensibilité fait référence à la susceptibilité d’une caractéristique aux dommages, et le degré avec lequel elle est affectée ou répondra. La vulnérabilité fait référence à la

probabilité de dommages du fait d’une intervention humaine réelle ou potentielle. Certains sites sont très sensibles et pourtant non-vulnérables, du fait de leur localisation isolée, ou de leur protection physique.

L’évaluation de la sensibilité des caractéristiques reliques (c.-à-d. celles issues de processus du passé qui sont

aujourd’hui terminés) est relativement simple, et basée sur une évaluation de l’échelle probable de l’impact et de la perte de la caractéristique d’intérêt (Tableau 6.1). Pour les systèmes géomorphologiques actifs, les facteurs supplémentaires à prendre en compte sont la résilience du système et sa réponse dynamique potentielle, notamment le réajustement prolongé (qui peut mener à la reconstitution ou non) ; ou le changement d’état (par ex. une rivière, passant d’anastomosée à sinueuse) (Kirkbride & Gordon, 2010).

Le Tableau 6.1 montre l’échelle de géosensibilité tasmanienne de 10 points, où 1 signifie « très sensible » et 10 « très solide ».

Les activités provoquant des dommages importants aux sites sensibles peuvent avoir très peu d’impact sur des sites plus solides. Certains systèmes sont capables de se réparer tout seuls (par ex. empreintes sur une plage effacées par la prochaine marée haute), alors que d’autres changements sont irréversibles car les processus qui les ont créés n’opèrent plus dans cette zone (par ex. reliefs glaciaires dans les zones où les glaciers n’existent plus). Globalement, les sites qui sont à la fois sensibles et vulnérables aux perturbations humaines sont ceux qui ont le plus besoin de gestion et de protection.

Cette section est axée sur les menaces au géopatrimoine dans les aires protégées et conservées, et comment y faire face. Les sujets suivants sont abordés :

■ Concepts de sensibilité et de vulnérabilité (6.1)

■ Principales menaces (6.2)

■ Orientations pour évaluer les risques et impacts (6.3)

■ Lignes directrices générales sur la gestion des sites pour faire face aux menaces, issues de neuf sources particulières (6.4)

■ Interaction entre la conservation de la géodiversité et celle de la biodiversité (6.5)

1. Valeurs sensibles aux dommages accidentels simplement par un passage pour les piétons diffus, en plein air, même si fait soigneusement (par ex. surfaces fragiles qui peuvent être écrasées par le piétinement).

2. Valeurs sensibles aux effets d’un accès piéton plus concentré (par ex. érosion liée à un sentier).

3. Valeurs sensibles aux dommages par la collecte scientifique ou amateure, ou le vandalisme délibéré, ou le vol (par ex. certaines collectes de fossiles ou minéraux).

4. Valeurs sensibles aux dommages par des processus éloignés (par ex. changements hydrologiques en amont).

5. Valeurs sensibles aux dommages par des impacts linéaires de plus haute intensité (par ex. pistes de véhicules).

6. Valeurs sensibles à une plus haute intensité, mais perturbations légères sur le site (par ex. érosion du sol du fait d’une mauvaise gestion des terres).

7. Valeurs sensibles à une excavation superficielle délibérée linéaire ou généralisée (par ex. suppression de souches d’arbres, construction de petites protections).

8. Valeurs sensibles à une suppression ou à un ajout important de géomatériaux (par ex. carrière).

9. Valeurs sensibles uniquement à un changement de contour à très grande échelle (par ex. réservoirs ou plans importants de canalisation de cours d’eau).

10. Valeurs sensibles uniquement aux événements catastrophiques (par ex. importants glissements de terrain ou tsunamis).

Tableau 6.1 Échelle de géosensibilité tasmanienne de 10 points (modifiée, d’après Kiernan, 1996 ; Sharples, 2002).

Menaces Exemples d’impacts sur le géopatrimoine dans les aires protégées Urbanisation, construction (y compris

développement commercial et industriel dans les terres et sur la côte), installations d’infrastructures et d’énergies renouvela-bles

■ Destruction de reliefs et expositions de sédiments et roches

■ Fragmentation de l’intégrité du site et perte de la relation entre les caractéristiques

■ Perturbation des processus géomorphologiques

■ Destruction des sols et de la structure des sols

■ Changements dans les sols et les régimes hydriques

Extraction minière et de minéraux (y compris extraction de mines à ciel ouvert, puits, carrières, dunes et plages, lits de rivières, extraction agrégée marine et exploitation minière en eau profonde)

■ Destruction de reliefs et expositions des sédiments et roches

■ Fragmentation de l’intégrité du site et perte de la relation entre les caractéristiques

■ Perturbation des processus géomorphologiques

■ Destruction des sols et de la structure des sols

■ Changements dans les régimes des sols et hydriques

Changements dans l’utilisation et la ges-tion des terres (y compris l’agriculture et la foresterie)

■ Dommages sur les reliefs à cause du labourage, du nivelage du sol et du drainage

■ Perte du relief, de la visibilité des affleurements et de l’accès aux expositions

■ Stabilisation des reliefs dynamiques (par ex. dunes de sable)

■ Érosion du sol

■ Changements dans la chimie du sol et les régimes hydriques

■ Compactage du sol et perte de matière organique

Protection côtière et gestion et ingénierie des cours d’eau (y compris barrage et prélèvement d’eau)

■ Dommages aux reliefs et expositions des sédiments et roches

■ Perte de l’accès aux expositions

■ Perturbation des processus géomorphologiques

■ L’inhibition de l’érosion permet aux expositions de se dégrader Activités offshore (y compris dragage,

ch-alutage, développements d’énergie renou-velable, exploitation des hydrocarbures et rejet de déchets)

■ Dommages physiques aux reliefs et sédiments des lits sous-marins

■ Perturbation des processus géomorphologiques près du rivage et offshore

Activités récréatives et géotourisme ■ Dommages physiques aux reliefs, affleurements rocheux, processus et sols (compactage) du fait de la pression des visiteurs

■ Fragmentation de l’intégrité du site

■ Érosion des sentiers et autre érosion du sol localisée, et perte de la matière organique du sol

Changement climatique ■ Changements dans les processus de systèmes actifs

■ Changements dans l’état du système (stabilisation, ou déplacement vers un état actif)

■ Perte de caractéristiques, comme les culottes glaciaires, les glaciers et les processus périglaciaires

Augmentation du niveau de la mer (causes anthropiques)

■ Perte de visibilité et d’accès aux expositions côtières et affleurements du fait de la submersion

■ Perte d’expositions du fait de l’érosion accrue

■ Changements dans les reliefs côtiers

■ Perte de tout ou partie d’aires protégées

■ Développement de nouvelles caractéristiques (par ex. issues d’ondes de tempêtes) Restauration de puits et carrières (y

com-pris enfouissement)

■ Perte d’expositions et de reliefs naturels

Stabilisation de façades rocheuses (par ex. traçage de routes) avec des filets et du ciment

■ Perte d’expositions

Collecte irresponsable de fossiles, de minéraux et carottage de roches

■ Dommages physiques aux expositions rocheuses et enregistrement de la perte des fossiles et contexte

Tableau 6.2 Principales menaces anthropiques au géopatrimoine dans les aires protégées (adapté de Gor-don & Barron, 2011 ; Brooks, 2013 ; Gray, 2013 ; Crofts & GorGor-don, 2015).

De nombreux processus naturels opèrent sur la surface terrestre, et érodent, transportent et déposent des sédiments.

Ces processus physiques naturels auront souvent besoin de protection, car la géoconservation ne porte pas seulement sur la protection de sites statiques : elle cherche aussi à faire de la place pour que les processus dynamiques continuent à opérer dans leur gamme naturelle de variabilité. Cependant, les activités humaines (par ex. le défrichement) peuvent avoir un impact sur les taux de ces processus, et donc augmenter les taux d’écoulement dans les rivières et l’érosion du sol.

Dans ces cas, la géoconservation doit chercher à faire revenir les processus dans leur gamme naturelle de variation, par une gestion durable des terres et de l’eau (Section 6.3).

Ligne directrice des meilleures pratiques n°17 : Utiliser les concepts de sensibilité et de vulnérabilité pour orienter les évaluations des menaces et leurs impacts potentiels sur les caractéristiques et processus du géopatrimoine.

6.2 Principales menaces

Les processus naturels peuvent entraîner une perte de la géodiversité (par ex. érosion côtière menant à l’effondrement d’un stack ou d’une arche naturelle maritime). Cela doit être accepté dans le cadre de l'évolution naturelle du paysage - l’opération continue des processus créera de nouveaux stacks ou arches. Les gestionnaires doivent être préoccupés par les impacts anthropiques qui peuvent aboutir à l’un ou plusieurs des impacts généraux suivants :

■ Destruction complète d’un géosite ;

■ Perte partielle ou dommages physiques à un géosite ;

■ Fragmentation de la caractéristique d’intérêt ;

■ Perte de la visibilité (par ex. par la croissance de végétation) ;

■ Perte de l’accès ;

■ Interruption de processus naturels et impacts hors du site ;

■ Pollution ;

■ Perte du caractère naturel ; et

■ Impacts visuels (par ex. graffiti).

Le Tableau 6.2 dresse une liste des menaces spécifiques, avec des exemples des impacts sur le géopatrimoine dans les aires protégées. Le reste de ce chapitre expose les menaces, pressions et impacts, et propose des approches de gestion recommandées, ainsi que des sources de conseils pratiques.

Pour plus de précisions, voir Gray (2013).

6.3 Gérer les menaces : Évaluer les risques et impacts

Les sites et caractéristiques auront des degrés divers de sensibilité aux différents types d’activité humaine. Déterminer l’impact probable et les options pour répondre aux menaces potentielles est une composante importante de la gestion d’un site. Les évaluations de risques, et la priorisation des actions de gestion, devront être réalisées afin de déterminer la probabilité et les effets potentiels des différents types d’activités humaines et de changements naturels. Ici, les principes et la méthodologie de l’évaluation environnementale stratégique et de l’analyse d’impact environnemental doivent être appliqués.

Remarquez que, dans le cas des systèmes dynamiques, les activités hors de l’aire protégée peuvent avoir un impact.

6.4 Gérer les menaces : Conseils de bonnes pratiques sur les principaux sujets

Les effets de menaces spécifiques sur les géosites sont exposés ci-dessous, avec des conseils sur les principes et approches de la gestion. Pour des conseils pratiques et des exemples concrets, voir Prosser et al. (2006), qui donne des orientations significatives sur la gestion des sites, à partir des objectifs de conservation pour les trois principales catégories de géosites : d’exposition/extensifs, d’intégrité et finis (Section 5.2 et Tableau 5.1). Des exemples de l’application de ces conseils aux aires protégées pour les grottes et les karsts, les zones glaciaires et périglaciaires (c.-à-d. celles formées par les processus de refroidissement/dégel), les zones d’intérêt paléontologique et minéral, et les zones volcaniques, sont donnés dans la Section 7. Dans le texte ci-dessous, il est également fait référence à d’autres sources de conseils, lorsqu’elles existent (par ex. pour la gestion des cours d’eau et des côtes). En outre, plusieurs études de cas sont incluses (Encadrés 6.1 - 6.7 ; voir aussi Encadré 4.5). Il convient de toujours prendre en compte les solutions fondées sur la nature (c.-à-d. celles cherchant à imiter la nature ou à la restaurer lorsqu’approprié et possible). L’UICN a publié la première édition d’une Norme mondiale pour les solutions fondées sur la nature (UICN, 2020).

Extraction de minéraux et restauration de carrières Les anciennes mines au sein d’aires protégées peuvent poser des problèmes environnementaux et de sécurité. Souvent, les axes verticaux et les entrées de mines sont laissés exposés, alors que ces caractéristiques historiques dangereuses ont besoin d’une barrière de sécurité ou de capuchons de sécurité pour protéger les visiteurs de tout accident. De nombreuses mines ont exploité des gisements de minéraux sulfurés (plomb, cuivre et zinc), et les eaux souterraines s'écoulant de ces anciens sites sont souvent acides et toxiques pour la vie des cours d’eau et la vie animale. Les sulfures riches en arsenic sont particulièrement problématiques du fait de leur toxicité.

Les organismes en charge des aires protégées peuvent s’associer à d’autres organisations, comme un département des Mines ou un organisme de protection de l’environnement, pour le nettoyage de ce type de pollution toxique de l’eau. Les anciennes décharges minières, riches en sulfures, posent un problème de pollution liée au ruissellement similaire.

Les minéraux sont indispensables à la société moderne, et leur extraction entraîne souvent des expositions importantes de strates rocheuses. Cela ne pose que peu de problème lorsque les matières sont extraites sur de grandes superficies, ou lorsque l’impact de la carrière sur le relief est limité. Les situations les plus graves ont lieu lorsque des sols rares, des reliefs importants, ou des sites fossilifères d’une étendue limitée sont détruits par les carrières en surface. Malheureusement, les excavations illégales ou incontrôlées dans certaines régions du monde laissent des paysages dévastés et non-restaurés.

Photo 6.1 Les carrières offrent de nouvelles expositions aux géologues pour leurs recherches, notamment les roches rares de la croûte océanique, comme on le voit dans le Parc national de Troodos, Chypre turque. Les débris peuvent être dangereux, et l’accès au Parc doit être géré. © Roger Crofts

Photo 6.2 Un exemple démontrant qu’une carrière approuvée avant qu’un site ne reçoive le statut d’aire protégée peut être stoppée ou son extension refusée si l’intérêt du géopatrimoine est suffisamment important : Carrière d’Eldon Hill, dans le Parc national de Peak Dis-trict et le site d’intérêt scientifique spécial de Castleton, Angleterre. Après la fermeture de la carrière en 1999, l’accès a été autorisé pour les spéléologues, qui ont découvert d’importants spéléothèmes et dépôts sédimentaux (voir en bas, personne à l’entrée de la grotte).

© John Gunn

En plus des impacts directs sur le géopatrimoine et le paysage, les autres effets possibles des carrières incluent : la production de déchets/terrils, la pollution par des résidus miniers, le drainage minier acide ou la défaillance de digues où les déchets sont stockés, le bruit, la vibration ou la circulation/accès, les impacts des routes et les impacts visuels des usines et machines.

Dans la plupart des pays, l’exploitation minière est interdite dans les aires protégées. Cela inclut toutes les formes d’exploitation minière, comme le dorage et les études géologiques. Cette interdiction s’étend jusqu’au centre de la Terre pour les aires protégées légiférées de cette façon, ou alors il peut y avoir des restrictions de profondeur. Certaines aires protégées, notamment les zones de captage d’eau au-dessus des veines de charbon légèrement immergées près de Sydney, Australie, étaient restreintes en profondeur lors de leur proclamation, ce qui signifie que le charbon pouvait être exploité en profondeur.

Le personnel de l’aire protégée s’occupe des problèmes de gestion en surface, comme les courants qui disparaissent et

les fuites de gaz méthane - des problèmes qui exigeaient une réponse gouvernementale.

La collaboration entre l’UICN et le Conseil international des mines et métaux a permis de publier des codes de pratiques (CIMM, 2003). Le principal engagement est de : « Respecter les aires protégées légalement désignées et veiller à ce que toute nouvelle opération ou tout changement aux opérations existantes ne soit pas incompatible avec la valeur pour laquelle elles ont été désignées. » L’UICN considère qu’aucune activité minière ne doit avoir lieu dans une aire protégée (UICN, 2016b).

La mine de Los Frailes à Aznalcóllar, près de Séville, Espagne, est un exemple de préoccupation sur des opérations minières dans ou à proximité d’une aire protégée. En 1998, une digue de retenue des résidus a rompu, et 5 millions de m3 de boue toxique se sont déversés dans le fleuve Guadiamar, évitant de peu l’importante zone humide du Parc national de Doñana, classé site du patrimoine mondial. Une opération de nettoyage de 240 millions d’euros a été nécessaire. La mine a ensuite fermé, puis a été autorisée à réouvrir en 2015, mais la

Encadré 6.1

Site d’intérêt scientifique spécial de la carrière et réserve de nature nationale de Horn Park,