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Spécification des objectifs généraux de gestion, et des indicateurs de performance

Rapports de documentation du site et plans de gestion

2. Spécification des objectifs généraux de gestion, et des indicateurs de performance

La géoconservation, comme toute aire protégée ou projet de conservation, exige des objectifs de gestion clairs qui reflètent les différents types d’intérêts du géopatrimoine et leurs usages potentiels. Ces objectifs sont identifiés pour garantir que la gestion cherche à les atteindre. Des objectifs spécifiques doivent être établis pour chaque site en reflétant les orientations générales, et doivent aussi être ciblés selon les spécificités du géosite, comme montré par Wimbledon et al. (2004). Ils doivent définir la vision des conditions favorables pour le site (par ex. au moins 50% du site aura des expositions propres et accessibles d’une séquence rocheuse particulière et de ses principales caractéristiques).

Les facteurs pouvant impacter les conditions d’un site (par ex.

accumulation d’éboulis, croissance de la végétation, rejet de déchets, dommages provenant d’un accès public non-restreint) doivent être identifiés. En outre, les attributs mesurables utilisés pour déclencher une réponse des gestionnaires doivent être spécifiés (par ex. si moins de 70% d’un horizon essentiel n’est plus visible du fait de la détérioration de l’exposition).

En Grande-Bretagne, les principes généraux de gestion de la conservation ont été élaborés pour différentes catégories de sites, et une distinction importante est faite entre sites « d’exposition » (ou « étendus »), « d’intégrité », et « finis » (Tableau 5.1) (Prosser et al., 2006, 2018). Ce schéma se base sur le postulat que différentes catégories de sites ont différentes

exigences de conservation ; par ex. les problèmes de gestion dans les carrières abandonnées sont différents de ceux des sites côtiers. Cette approche doit avoir une vaste applicabilité. Prosser et al. (2006) fournit des études de cas spécifiques pour chacune de ces catégories.

Sites d’exposition

Les sites d’exposition abritent des caractéristiques géologiques (unités rocheuses ou sédiments) qui sont spatialement étendues sous le niveau du sol, afin que si un site ou une exposition est perdue, un/une autre peut potentiellement être excavé à côté.

Ils incluent les expositions dans les carrières actives et inactives, les falaises côtières et fluviales, les tracés de routes et de voies ferrées, et les affleurements rocheux naturels. Le principe de base de la conservation est que la suppression des matériaux n’endommage pas nécessairement la ressource, car de nouvelles expositions du même type seront fraîchement exposées.

Le principal objectif de gestion de tels sites est d’obtenir et de maintenir un niveau d’exposition acceptable des caractéristiques d’intérêt, mais la localisation précise de l’exposition n’est pas cruciale. Les sites d’exposition ne sont en général pas endommagés par les carrières ou l’érosion, mais les expositions peuvent être obscurcies par l’enfouissement et le déversement de déchets, ou détériorées par l’effondrement et la croissance de la végétation. Cependant, la perte d’expositions peut être compensée par une excavation mécanique de nouvelles expositions de conservation ailleurs, dans des localisations appropriées.

Sites d’intégrité

Les sites d’intégrité sont des sites géomorphologiques qui incluent des caractéristiques statiques (inactives) (par ex. reliefs

Photo 5.1. Exemple de site d’exposition vu depuis la mer, péninsule de Dale, Parc national côtier du Pembrokeshire, Pays de Galles. © Roger Crofts

Photo 5.2. Exemple de site d’exposition avec l’effondrement naturel de fronts de falaises révélant de nouvelles expositions rocheuses.

Parc national de Jasmund, Allemagne. © Roger Crofts

Photo 5.3 Exemple d’un site d’intégrité actif, où la rivière glaciaire Jökulsá á Fjöllum émerge du glacier de Dyngjujökull. Parc national de Vatnajökull, Islande. © Roger Crofts

Photo 5.4 Exemple de site d’intégrité inactif. Lapiaz calcaire près de Doolin, dans le Géoparc mondial de l’UNESCO Burren et Cliffs of Moher et le Parc national de Burren, Irlande. © John Gunn

Photo 5.5 Exemple de site fini. Occurrence extrêmement rare en Islande de fossiles de plantes enfouis sous des laves plus récentes.

Ytritunga Tjornes, Islande. © Roger Crofts

glaciaires du Pléistocène) et des caractéristiques actives comme celles formées par les processus fluviaux, côtiers, karstiques et glaciaires contemporains. De tels sites peuvent être de grande taille, et inclure des assemblages de caractéristiques statiques et actives. Les dommages portés sur une partie d’un site d’intégrité sont susceptibles d’avoir un impact sur la valeur de l’ensemble du site. Le principal objectif de gestion pour les caractéristiques statiques est la protection de l’intégrité de la ressource : si les caractéristiques sont endommagées ou détruites, elles ne peuvent être rétablies ou remplacées, puisqu’elles sont uniques et les processus qui les ont formées ne sont plus actifs.

Elles sont également sensibles aux dommages partiels et à la fragmentation de l’intérêt, et l’intégrité de relations spatiales importantes entre des reliefs individuels peut être perdue. En général, il y a peu d’options pour réconcilier la conservation et le développement par le biais de la gestion ou de la compensation.

L’atténuation dépendra des circonstances locales, et pourra inclure la réimplantation de parties du développement, pour éviter les principaux reliefs. Occasionnellement, la reconstruction ou la reproduction du relief peut être possible à des fins

esthétiques ou éducatives, même si l’intégrité sera perdue.

Dans d’autres situations, restreindre l’accès au public, ou même refuser de faire la publicité de l’existence d’un site du fait de sa fragilité, peuvent se justifier.

Le principal objectif de gestion de la conservation pour les sites d’intégrité est de maintenir la capacité des processus actifs à évoluer naturellement, en leur permettant de fonctionner dans la plupart ou la totalité de leur gamme naturelle de variabilité, et donc de maintenir les taux naturels et les ampleurs de changement, et la connectivité entre les différentes

caractéristiques (par ex. entre les cours d’eau et leurs plaines d’inondation). En conséquence, les reliefs produits par ces sites peuvent changer au fil du temps, et certains peuvent même être transitoires. Ils peuvent également se reformer dans d’autres localisations. Par exemple, les bancs de gravier dans le lit d’une rivière peuvent être détruits par une grande inondation, mais peuvent se reformer lorsque le déversement et le transport des sédiments se réajustent aux conditions de flux « normales ».

Les sites de processus actifs sont également susceptibles de changer hors des frontières du site de conservation (par ex. par le biais de changements en amont qui affectent le déversement du cours d’eau et les apports en sédiments).

Cela est plus susceptible d’avoir lieu sur des sites ayant des processus en rapport avec des cours d’eau, des côtes, des grottes ou des pentes, et leurs caractéristiques associées.

Certains sites actifs peuvent également abriter des reliefs inactifs qui font partie de l’assemblage total du relief.

Sites finis

Les sites finis abritent des caractéristiques de portée limitée, qui seront épuisées et endommagées si l’une de leurs ressources est retirée ou perdue. Citons comme exemple les sites géologiques avec des roches porteuses de fossiles. Ces sites peuvent se trouver dans diverses localisations, notamment dans des carrières actives et inactives, le long des côtes et des cours d’eau. Dans certains cas, l’intérêt peut être progressivement enfoui du fait de difficultés pratiques à maintenir les expositions dans des sédiments tendres, ou peut l’être intentionnellement comme mesure pratique de conservation, afin de protéger un intérêt particulièrement vulnérable. Les sites finis exigent un contrôle étroit sur tout retrait ou perte de matière. Ils incluent de nombreux dépôts minéraux et fossiles, des décharges de mines, des mines souterraines et des intérêts enfouis (où on sait que l’intérêt a lieu sous le sol, et ne peut qu’être exposé au moyen d’une excavation). En général, les mesures d’atténuation ou de compensation sont rarement possibles. Lorsqu’un site est principalement utilisé à des fins de recherche, il n’est pas toujours pratique ou nécessaire de maintenir une exposition.

Dans de tels cas, l’accès doit être maintenu pour l’excavation, tel que requis par l’étude.

En général, le développement est a priori vu défavorablement lorsqu’il se produit dans une aire protégée et qu’il l’endommage et vient s’opposer aux raisons de sa protection. Lorsque le développement entraînera un dommage significatif à une aire protégée de géoconservation, et qu’il ne peut être empêché ou atténué correctement, des sites alternatifs convenables au développement doivent être recherchés. En l’absence de telles alternatives, le développement qui aurait un impact négatif sur le site ne doit être permis que si des raisons de durabilité ou d’importance nationale sont en jeu. Dans de tels cas, des mesures de compensation doivent être recherchées, comme la création d’exposition ou l’amélioration du site ailleurs si possible, afin de maintenir, restaurer et lorsque possible renforcer la valeur du géopatrimoine du site ou de l’aire. La Section 6 donne des conseils plus détaillés sur les menaces spécifiques, et la façon dont y répondre.

Photo 5.6 Documenter le changement naturel est un élément important de la planification et de la gestion d’une aire protégée.

Cartes de retrait d’un glacier islandais dans le Parc national de Vatnajökull. © Roger Crofts

3. Analyse des menaces : Évaluation des risques et de la