Conseil des droits de l’homme
Groupe de travail sur l’Examen périodique universel Dixième session
Genève, 24 janvier-4 février 2011
Rapport national présenté conformément au paragraphe 15 a) de l’annexe à la résolution 5/1 du Conseil des droits de l’homme
Népal *
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Le présent document est reproduit tel qu’il a été reçu. Son contenu n’implique de la part du Secrétariat de l’ONU aucune prise de position.Nations Unies A /HRC/WG.6/10/NPL/1
Assemblée générale Distr. générale 12 novembre 2010 Français
Original: anglais
I. Introduction
1. Les profondes transformations socioéconomiques et politiques à l’œuvre au Népal s’inscrivent dans le cadre de la structure démocratique issue du mouvement populaire pacifique d’avril 2006. Ce mouvement aspirait à la paix, au changement, à la stabilité, à l’institution d’un système de gouvernance démocratique véritablement pluraliste, à l’état de droit, à la promotion et à la protection des droits de l’homme des Népalais, à la pleine liberté de la presse et à l’établissement d’un système judiciaire indépendant reposant sur des valeurs et des principes démocratiques. Les droits de l’homme sont au centre du processus de paix, lui-même ancré dans les principes de démocratie, d’accès, d’équité, d’inclusion et de participation. La décision de l’Assemblée constituante démocratiquement élue de proclamer le Népal République démocratique fédérale, le 28 mai 2008, est un rare exemple de transformation pacifique dans l’histoire contemporaine. Ce processus de transformation établit fermement les droits politiques, économiques, culturels et sociaux de la population en tant que piliers du processus démocratique au Népal. Le peuple, auparavant relégué à la périphérie de la scène politique en situation d’exclusion et de désavantage se retrouve au premier plan et peut désormais participer aux décisions qui engagent son avenir. Le Népal s’efforce de créer les institutions nationales démocratiques requises pour consolider ses acquis démocratiques, accélérer le processus de transformation socioéconomique et mener à bon terme le processus de paix, notamment avec l’élaboration d’une constitution démocratique par l’Assemblée constituante.
II. Méthodologie et processus de consultation
2. Le Bureau du Premier Ministre et du Conseil des ministres (du Gouvernement népalais) a mis en place un comité composé de représentants des différents secteurs chargé d’élaborer le rapport national pour l’Examen périodique universel (EPU). Ce comité a procédé à des échanges interministériels approfondis sur divers aspects de l’EPU et à de nombreux entretiens avec des institutions gouvernementales, des institutions nationales de défense des droits de l’homme, dont la Commission nationale des droits de l’homme, la Commission nationale des femmes, la Fondation nationale du développement des groupes nationaux autochtones et la Commission nationale des Dalits, de même qu’avec divers acteurs de la société civile, notamment des médias et des organisations non gouvernementales (ONG). Diverses sessions de consultation ont en outre été organisées à l’échelon régional pour examiner le contenu du rapport.
III. Contexte national
3. Situé en Asie du Sud, entre la République de l’Inde et la République populaire de Chine, le Népal est un État sans littoral, d’une superficie de 147 181 km
2. Sa population, de 23 151 423 habitants, s’accroît à un taux annuel de 2,25 %. Les personnes âgées de plus de 60 ans représentent environ 6,5 % de la population, les enfants de moins de 16 ans 40,93 % et les femmes 51 %.
4. La nation népalaise se caractérise surtout par sa diversité ethnique, culturelle et linguistique. Outre la langue népalaise, langue officielle, on dénombre quelque 92 langues nationales. Actuellement, 59 groupes sont reconnus comme des groupes nationaux autochtones/ethniques (Aadivasi Janajati), soit 37,2 % de la population.
5. Le Népal a connu dix ans de conflit armé, de 1996 à 2006. Le 21 novembre 2006, ce
conflit a officiellement pris fin avec la signature de l’Accord de paix global. La
Constitution provisoire du Népal (la Constitution), promulguée le 15 janvier 2007, a
institué un Organe législatif-Parlement provisoire et mis en place un gouvernement de transition. La Mission des Nations Unies au Népal, créée en application de la résolution 1740 (2007) du Conseil de sécurité de l’ONU, a pour mandat d’appuyer le processus de paix. Les membres de l’Assemblée constituante
1ont été élus le 10 avril 2008. Près d’un tiers de ses membres (33,23 %) sont des femmes et un nombre record de Dalits et de personnes de divers groupes nationaux y siègent, en faisant l’organe le plus représentatif de la diversité sociale népalaise que le pays ait jamais connu. L’Assemblée, dont la tâche première demeure l’élaboration d’une constitution démocratique, fait aussi office d’Organe législatif-Parlement.
IV. Cadre normatif et institutionnel
6. Le cadre normatif et institutionnel de la protection et de la promotion des droits de l’homme au Népal est exposé dans la Constitution ainsi que dans les textes législatifs, les politiques et les décisions judiciaires pertinents.
A. Cadre normatif
1. La Constitution
7. La Constitution est la Loi fondamentale du Népal. Elle réserve une place centrale à la démocratie, à la paix, à la prospérité et à l’évolution économique et sociale, ainsi qu’à la souveraineté, à l’intégrité, à l’indépendance et à la dignité du pays, et instaure un système politique qui respecte intégralement les droits fondamentaux de l’homme internationalement reconnus et établit le droit de tous les citoyens à l’éducation, à la santé, au logement, à l’emploi et à la souveraineté alimentaire. Elle privilégie l’inclusion sociale et ethnique, la reconnaissance implicite de la diversité et l’avènement de la justice sociale grâce à une restructuration inclusive, démocratique et progressiste de l’État.
8. La Constitution, qui consacre un large éventail de droits fondamentaux, est l’instrument de référence primordial en matière de droits de l’homme. Elle incorpore presque tous les droits consacrés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, ainsi que les droits et obligations énoncés dans les instruments relatifs aux droits de l’homme auxquels le Népal est partie. Concrètement, la Constitution proclame 21 droits fondamentaux
2, dont ceux que garantissent le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.
9. Plusieurs droits économiques, sociaux et culturels sont aussi inscrits dans les directives, les principes et les politiques officielles, qui contiennent des dispositions se rapportant notamment à la discrimination positive, à des quotas et à d’autres formes de soutien spécial en faveur des groupes et communautés vulnérables ou marginalisés, en matière d’éducation, de santé, de logement, de souveraineté alimentaire et d’emploi, en vue de leur autonomisation, de leur protection et de leur développement.
10. Certains droits sont reconnus comme absolus et non susceptibles de dérogation et ne
peuvent donc être suspendus, même en période d’état d’urgence. Il s’agit des droits à la vie,
à l’égalité, à la liberté individuelle, à la justice, à la justice sociale, à la salubrité de
l’environnement, à la santé, à l’éducation et à la culture, au travail et à la sécurité sociale,
des droits des travailleurs, du droit à la pratique de sa religion, de la liberté de fonder des
partis politiques et des associations, des droits de l’enfant et de la femme, du droit à la
protection contre la torture, l’exploitation, l’exil, l’intouchabilité, la discrimination raciale
et la fermeture ou la confiscation pour les médias et la presse, ainsi que du droit aux recours
constitutionnels et du droit au recours en habeas corpus. La Cour suprême est habilitée,
dans l’exercice de sa compétence extraordinaire, à protéger ces droits ou régler un différend
en rendant différents types d’arrêts. Toute personne lésée par un acte illicite ou commis de mauvaise foi en période d’état d’urgence peut obtenir une indemnisation.
2. Législation
11. La loi sur les libertés civiles de 1954 et le Muluki Ain (Code civil) de 1963 sont les grands instruments juridiques généraux. La loi sur les libertés civiles garantit divers droits civils et politiques, dont l’égalité devant la loi et l’égale protection de la loi, ainsi que le droit d’être protégé contre la discrimination fondée sur la religion, la race, le sexe ou d’autres motifs. Le Muluki Ain est un texte législatif général qui porte à la fois sur les domaines civil et pénal. Il a abrogé le système traditionnel de castes et a tenté de mettre fin à la discrimination fondée sur la caste en éliminant l’intouchabilité et la hiérarchie des castes. Les onzième et douzième amendements ont modifié certaines de ses dispositions, notamment celles concernant la propriété, le mariage, le divorce et l’avortement, ce dans le sens des principaux instruments relatifs aux droits de la femme.
12. Le Gouvernement népalais a engagé des travaux en vue de l’élaboration de divers textes (code civil, code pénal, dispositions législatives relatives au prononcé des peines et codes de procédures civile et pénale) qui, une fois promulgués, codifieront les dispositions textes législatives pertinentes et aboliront un ensemble de lois et pratiques encore ressenties comme discriminatoires.
13. Des textes législatifs distincts ont été adoptés pour protéger et promouvoir d’autres droits spécifiques comme les droits de l’enfant, les droits de la femme, le droit de ne pas être soumis à la torture et les droits des personnes handicapées
3.
3. Politiques
14. Le Népal met en œuvre divers politiques et programmes relatifs aux droits de l’homme, qui portent plus spécialement sur l’inclusion sociale des groupes ou communautés marginalisés ou vulnérables. Le plan triennal intérimaire 2007/2008- 2009/2010 définit l’approche à long terme du Népal en matière de lutte contre la pauvreté et de défense des droits de l’homme dans le souci d’édifier une nation inclusive, juste, démocratique et prospère fondée sur la culture des droits de l’homme. Les actions en faveur des droits de l’homme visent à assurer le respect des droits fondamentaux de tous les citoyens en instaurant un environnement favorable dans lequel ils puissent vivre dans la dignité, en développant la culture des droits de l’homme, en atténuant la pauvreté et en mettant fin à toutes les formes de discrimination, de violence et d’exploitation.
15. Les principales stratégies appliquées par le Népal consistent notamment à incorporer la question des droits de l’homme dans toutes les politiques et tous les plans de développement sectoriels, à mettre en œuvre des programmes spéciaux en faveur de groupes cibles pour promouvoir les droits de l’homme, à renforcer les capacités des institutions nationales des droits de l’homme et à améliorer l’accès aux services sociaux et l’efficacité de ces services grâce à des programmes complets sur l’éducation aux droits de l’homme et la bonne gouvernance.
16. En application de la Déclaration et du Programme d’action de Vienne de 1993, le
Népal s’est doté d’un plan d’action national périodique en faveur des droits de l’homme,
formulé en collaboration avec la société civile. Il a favorisé l’appropriation collective de
l’action de promotion des droits de l’homme en intégrant des programmes en faveur des
droits de l’homme dans les plans de développement.
4. Jurisprudence nationale
a) Incorporation des dispositions du droit international dans l’ordre juridique interne
17. La loi népalaise de 1990 sur les traités dispose que toute norme du droit népalais incompatible avec une norme d’un instrument international ratifié par le Parlement est, eu égard à l’objet de cet instrument, invalide dans la mesure de cette incompatibilité, et que la norme de cet instrument s’applique.
b) Décisions prononcées et principes dégagés par l’autorité judiciaire